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La visite au musée d'art contemporain

Ce n'est pas un hasard si je rentrais ce jour-là dans le Musée d'Art Contemporain de Lyon. J'avais effectivement des attentes précises : palper de la chair artistique et renouveler l'air ambiant de mes pensées. Pas moins. Conjointement au projet inavouable d'engranger assez d'appréciations sur cette exposition, et de citer des artistes « fooormidaaaables » ! D'autant plus formidables qu'ils sont inconnus du grand public.

J'ai refusé la visite guidée, vraisemblablement par manque d'humilité. Ou par goût prononcé de l'autonomie. Je n'étais en effet pas d'humeur à suivre un grand chevelu, étudiant aux Beaux-Arts, formé à me souffler ce qui est de ce qui ne l'est pas.
J'ai néanmoins respecté le sens de la visite. J'aurais été très vexée de passer à côté du « fooormidaaaable » par étourderie.
Les sens en éveil, j'étais donc prête à tout. Mais pas à rien. Rien. Ni joie, ni dégoût, ni colère, ni chagrin, ni plaisir, ni soubresauts, ni révélation, ni émerveillement, ni illumination. Rien. Qu'un soupçon de lourdeur dans les jambes après quelques kilomètres de parquets arpentés.
Malgré ma réticence à l'explication du sensible, je consentis à lire les encadrés placés à proximité des œuvres. Ils faisaient très généralement référence à un artiste influent, à un concept, à un courant, à une pensée en « isme ». Je vérifiais sur la plaquette de présentation s'il n'était pas recommandé d'avoir suivi trois ans d'histoire de l'art pour accéder à l'exposition. Il n'en était rien. Mais ils étaient nombreux, des étudiants en grappe, une tablette numérique à la main, un commentaire avisé à la bouche.
Afin d'éviter le regard de visiteurs éclairés dans l'ascenseur, je descendis les trois étages à pied. La colère et le chagrin agrippés à mon dos bombé par la honte.
Le chagrin de ne pas dégoter en ce lieu, une seule échappée à ma condition : Je regarderais le ciel s'assombrir sans que me soit donné le pouvoir que nous offrent certaines œuvres de changer le sens de la pluie.
La colère de constater que mes lacunes me valaient, une fois de plus, d'être jetée en dehors du cercle de ceux qui savent. Qui savent apprécier.
La honte en trouble inexplicable, diffus, impalpable. Pourtant aussi remarquable que le nez au milieu de la figure.
Je me faufilais tête basse entre les groupes d'amis et les familles pour atteindre la sortie. La pluie s'est arrêtée. J'ai trimballé mon désarroi dans les allées du parc de la Tête d'Or situé à quelques pas du musée. À l’affût d'une explication rationnelle. A la recherche de ce qui dans ma vie personnelle et familiale pouvait expliquer une telle réticence à l'innovation.
A me demander ce que je pourrais raconter de cette exposition sans passer pour une réactionnaire. Je marchais apparemment sans but. De la roseraie au jardin zoologique. Avec en tête ce questionnement incessant : pourquoi cette expérience prenait à mes yeux tant de gravité ?
Puis j'ai croisé le regard d'un singe qui se grattait la tête derrière une vitre.

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