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On ne peut pas être plus heureux

Les garçons sont en bonne santé. Jonathan a réussi sa première année de prépa et Boris son entrée en fac de médecine. Ils sont partis en vacances avec des copains, ils reviendront fin août pour profiter de la piscine avant la reprise des cours. Ensuite, ils recommenceront leur vie d'étudiants en colocation. C'est des frais, mais les études des garçons passent en priorité. Il reste trois ans de remboursement du crédit de la maison.
Ils étaient les premiers installés dans le lotissement des « jardins heureux », les parcelles n'étaient pas clôturées. Ils se sont décidé quand les chiens ont saccagé les poubelles.
Elle pourrait peut-être reprendre un travail à mi-temps, par exemple dans une librairie. Même si son mari ne lui fait jamais de reproche sur ses dépenses, elle hésite toujours à s'acheter un vêtement ou des plantes pour le jardin.
Il ne rentre jamais avant vingt heures. Parfois bien plus tard, depuis son affectation sur le poste de responsable du secteur Auvergne - Rhône Alpes.
Elle a retrouvé un ticket de cinéma en vidant les poches de sa veste pour le pressing. Il reçoit des SMS la nuit. Elle serait perdue sans lui. Avec les deux garçons majeurs elle n'aurait droit à rien.
Ils partiront en octobre pour dix jours, il lui a offert une croisière pour leurs vingt ans de mariage. Elle en aurait pleuré mais elle s'est retenue parce que ça le gène, il appelle ça « les effusions de bonnes femmes ». Comme quand elle avait craqué dans la salle de bain. Le carrelage se décollait et le maître d’œuvre ne voulait pas en entendre parler. Son mari avait dû tout reprendre. Sa mère qui était venue pour le week-end avait dit en voyant son gendre refaire le carrelage, « on ne peut pas dire, il est courageux ».
On ne peut pas dire. On ne peut pas être plus heureux.

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