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Désamour

Elle lui dit, Qu'est-ce que tu en penses ?
Il lui répond, Pourquoi pas.

Elle ne cherche pas son approbation, il n'essaie pas de la convaincre

Il a perdu sa langue de beau parleur, de lécheur de peau
Elle a perdu l'usage des mains, pour la simple beauté du geste

Ce qui s'est desserré dans l'étreinte vient resserrer
le nœud autour du cou, la ceinture en fin de mois

S'accumulent les traces de pliage sur leurs corps
Privé(s)

On cherche le sommeil
Dormir c'est fermer les yeux sur la poussière dans l'œil qui fait pleurer sans raison
On est pas mal, on a chaud
On mange à sa faim, on est plus affamé
On est en bonne santé, le cœur frappe encore à la portière
On vit à cent à l'heure

On s'est embourbé dans des promesses
Avouer le désamour serait se désavouer
sur la place publique

Les petits riens du quotidien
Ça pète pas à la gueule
Ça saute pas à la gorge
Ça n'explose pas dans les tranchées
Ça ravine le front des combattants de la dernière heure

Le fruit de leur amour, pendu à leurs branches sèches
n'en perd pas une miette. Qu'il met en petits tas au bord de l'assiette.

Le présentateur du talk-show annonce une soirée exceptionnelle, des invités d'envergure, des rires et des applaudissements.
On préfère ça à
la chute de l'aiguille dans la seconde suivante
On entendrait que ça

La chute d'une perle d'acier dans la cuve
nous ferait comprendre qu'elle est vide

Pertes blanches, écoulement rouge
Elle se dit, un mois est passé

Barbe de trois jours, érection du matin
Il se dit, quel jour on est ?

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